Les chevaux au gré des saisons

Les chevaux ne possèdent pas de montre ni de calendrier, ils n’ont aucune idée de l’heure, du jour, du mois ou de l’année où nous sommes. Et pourtant, ce sont de véritables horloges vivantes. Ils possèdent, comme beaucoup d’animaux, un biorythme interne très fiable, qui les situe dans le temps et leur permet de savoir quand un évènement routinier est sur le point d’arriver (distribution d’aliment, entrainements à heures fixes, rentrée à l’écurie, arrivée du propriétaire, etc.). Ils ont aussi conscience des périodes de l’année, et n’ont absolument pas besoin d’un calendrier pour savoir quand muer au printemps, quand faire leur poil d’hiver à l’automne, quand s’accoupler, quand faire des réserves de nourriture, etc. Ils peuvent même parfait pressentir le temps qu’il fera, par exemple une tempête ou des vents forts. Même si la domestication entrave parfois cet instinct, les chevaux le conservent même au contact de l’homme et tenteront toujours d’écouter ce que la nature leur dicte.

 

Si nous prenons l’été par exemple, c’est probablement la saison la plus facile pour les chevaux. C’est la saison de l’abondance, où la nourriture se trouve très facilement à l’état sauvage et où le cheval peut manger à volonté les fourrages et la végétation qui l’entourent. C’est aussi la période choisie par les chevaux à l’état naturel pour s’accoupler. L’été est la saison de la chaleur, avec le soleil qui plombe et réchauffe la terre et ses habitants. Le cheval n’a pas à dépenser de l’énergie pour lutter contre le froid et les intempéries ou à parcourir de grandes distances pour trouver de quoi manger et boire. Par contre, c’est la saison des insectes, et pendant une courte période les chevaux chercheront à s’abriter contre les moustiques et les taons plus ou moins présents selon les régions. Malgré cela, l’été est une saison où le niveau de stress chez le cheval tend à être naturellement bas.

 

À l’automne, on peut ressentir chez le cheval une sorte d’excitation, le niveau de stress tend à être plus élevé. C’est la période où le cheval à l’état sauvage parcourerait de plus grandes distances afin non seulement de trouver la nourriture qui est moins abondante, mais aussi afin de faire des réserves de gras pour pouvoir passer l’hiver. Les journées raccourcissent et le cheval dispose de moins de temps de clarté pour subvenir à ses besoins alimentaires. L’automne est aussi le moment où il commence à faire plus froid, et où il faut être plus actif pour se réchauffer. Le poil d’hiver commence à pousser, ce qui demande encore de l’énergie au cheval et une bonne alimentation. Cette énergie nécessaire aux préparatifs de la saison froide est ressentie par nos compagnons équins même s’ils sont domestiqués. On peut observer un niveau d’activité plus élevé chez les chevaux et éventuellement un stress occasionné par l’impossibilité d’évacuer cette énergie ou de combler ces besoins (chevaux au boxe, dans un très petit pacage…) On remarque également que les chevaux au pré mangent davantage, ils grignotent l’herbe jusqu’au moindre brin et ils engraissent plus facilement.

 

L’hiver est la saison la plus dure pour les chevaux à l’état sauvage, au même titre qu’elle l’est pour nos chevreuils ici au Québec. L’accès à la nourriture et à l’eau est limité, la température est moins clémente, les déplacements sont plus difficiles… C’est une saison où les animaux sont plus stressés par la peur d’éventuellement manquer de ressources, de mourir, etc. Par contre il ne faut pas oublier qu’il n’y a pas de chevaux sauvages au Québec, et que si nos chevaux étaient libres et laissés à eux-mêmes, ils n’habiteraient pas forcément ici. Pour nos chevaux domestiques, une fois l’adaptation physique du début de l’hiver passée, ils peuvent passer le reste de la saison sans trop de stress s’ils ont accès à suffisamment de nourriture, d’eau, et d’espace. Il est aussi important de leur fournir un bon abri, que ce soit en été contre le soleil, la chaleur et les insectes, qu’en hiver contre les intempéries. Pour le reste, le cheval peut sans problème vivre dehors, il est davantage conçu pour cela que pour vivre à l’intérieur !

 

Et finalement, le printemps marque la fin du froid, de la peur instinctive chez nos chevaux de «manquer» (d’eau, de nourriture…) C’est le retour des journées plus longues et d’un soleil plus chaud. Les chevaux savent que le pire est passé et que l’été, l’abondance et la facilité s’en viennent. C’est aussi la période des naissances chez les chevaux à l’état sauvage, que nous devrions d’ailleurs respecter même dans la domestication. Le printemps est la période de l’année le plus propice à la détente chez les chevaux, où on observe en général le moins de stress. C’est la saison idéale par exemple pour commencer un débourrage dans le calme en limitant le stress. La période de la mue vient aussi favoriser les contacts de proximités entre nous et les chevaux qui ont du plaisir à se faire toucher, et rapprochent les congénères entre eux.

 

 

Il est intéressant de prendre conscience de la nature et de l’instinct (inconscient et incontrôlable) du cheval. De savoir quels sont ses réflexes innés en fonction des saisons nous aide à comprendre ses besoins et à les respecter, car tel est le devoir de tout propriétaire qui aime son animal.

 

Claudia Parent,

Intervenante en comportement équin

www.therapie-animale.com