Le cheval: une proie domestiquée

Depuis qu’il fait partie intégrante de nos vies, nous sommes à ce point accoutumés à côtoyer le cheval que nous oublions souvent ses origines. Pourtant, à l’intérieur de chacun de nos chevaux domestiqués, il y a une part de cheval sauvage. Le cheval que l’on connaît aujourd’hui, bien qu’ayant évolué sur plusieurs millions d’années et s’étant rapproché de l’homme, a toutefois conservé les mêmes instincts que ses ancêtres sauvages. Même si nous avons tendance à l’oublier, les comportements et les besoins fondamentaux de notre équidé demeurent inchangés par la domestication, ils sont les mêmes que ceux de ses ancêtres sauvages.

 

Scientifiquement, le comportement de chaque espèce animale est dicté par le résultat d’un long processus d’évolution. Les comportements qu’on observe chez les chevaux domestiques ont été façonnés par des millions d’années d’évolution et ont pour but d’assurer la continuité de l’espèce. Cela est inscrit dans leurs gènes, a sa raison d’être et personne ne peut espérer changer cela.

 

Le cheval (Equus Caballus) est un animal de proie. Il se rapproche donc davantage du chevreuil au point de vue comportemental que de l’humain ou du chien. C’est un animal de plaine, de fuite et grégaire, et ce depuis au moins 25 millions d’années. Il apparaît donc futile de vouloir lui changer ces caractéristiques aujourd’hui pour les mettre à notre convenance…

 

D’ailleurs, l’alliance cheval-humain, n’eu été à des fins pratiques et menée par l’homme, n’aurait probablement jamais eu lieu. Nous sommes, au niveau du comportement, beaucoup plus proche du chien, et donc plus susceptible de nous entendre bien avec celui-ci, que du cheval. L’humain étant un prédateur, il a souvent beaucoup de mal à comprendre les besoins, les agissements et les réactions des chevaux.

 

Étant une proie, toute la vie du cheval est conçue en fonction d’échapper aux éventuels prédateurs. Cette caractéristique fondamentale transparait dans ses comportements, dans ses réactions, dans son mode de vie… Son besoin d’être entouré de congénères, d’avoir de la nourriture à sa disposition en permanence, de voir suffisamment loin autour de lui, de pouvoir fuir s’il en sent le besoin, etc. sont tous des facteurs qui influencent au quotidien le niveau de stress du cheval en tant que proie.

 

La fuite a constituée la meilleure défense du cheval contre les prédateurs depuis des millions d’années. Il en garde donc encore le réflexe aujourd’hui. Toute l’anatomie du cheval est conçue pour lui permettre de prendre rapidement la fuite et de repérer les prédateurs (emplacement de ses yeux, morphologie, sens aiguisés…). Tout cela dans le but d’assurer la survie de l’espèce face aux prédateurs, même si nous savons qu’ils ne sont plus vraiment une menace pour nos chevaux domestiques. La fuite sera toujours la première réaction instinctive d’un cheval apeuré ou menacé. Il faut toujours garder cela à l’esprit, et ne jamais le punir parce qu’il a peur. Le cheval est une proie, et non un prédateur. En présence d’un danger, même si ce peut être difficile à comprendre pour nous, il est normal qu’un cheval se sauve et puis ressente le besoin d’évaluer la situation. C’est uniquement lorsqu’il n’existe pas de possibilité de fuite qu’il adoptera d’autres comportements, à savoir de se défendre.

 

Il est important de laisser au cheval la possibilité d’évaluer toute situation qui lui semble potentiellement dangereuse. C’est un besoin fondamental pour la proie qu’il est. Il a besoin qu’on lui laisse le temps d’analyser une situation, un environnement, un élément nouveau… même s’il y a déjà été exposé auparavant. C’est quelque chose que nous, prédateurs toujours pressés, avons bien du mal à comprendre, mais qui pour une proie est très important, à savoir vital. Les chevaux ont constamment besoin de se rassurer, et on doit respecter ce besoin, faute de quoi nous risquons d’amplifier son insécurité.

 

La peur est donc naturellement un élément important développé chez toutes les proies, car c’est ce qui déclenche la fuite et assure leur survie. C’est un mécanisme inné et inscrit dans les gènes du cheval. Il serait vain d’essayer de le supprimer, nous devons plutôt le comprendre, apprendre à composer avec et tenter dans notre relation de développer chez le cheval davantage la curiosité que la peur.

 

Si nous cessions de voir et de traiter les chevaux comme des gens ou des chiens, et que nous les concevions davantage comme les proies qu’ils sont, nos échanges s’en trouveraient grandement améliorés, de même que les conditions de vie des chevaux.

 

Il y a tant de choses qui nous échappent et qui ne sont pas naturelles pour nous chez ce grand mammifère. Beaucoup de faits que nous avons du mal à concevoir, et qui pourtant font partie de son monde à lui. Si nous voulons faire équipe avec ce bel animal, il nous faut penser comme lui et voir le monde avec ses yeux. Ce n’est que là que l’alliance prédateur/proie pourra s’avérer une réussite!