Comment COMBLER son cheval?

Tout propriétaire dira qu’il veut le bonheur de son cheval. Le contraire serait fort étonnant ! Nous voulons tous que nos chevaux soient bien, qu’ils soient heureux. Mais que cela signifie-t-il donc exactement ? Quels sont les besoins réels de nos chevaux ?

 

Il est parfois facile de tomber dans l’anthropomorphisme en tant qu’humains, et d’établir les besoins de nos chevaux en fonction de nos propres besoins personnels. Nous les faisons vivre à l’intérieur car ils y sont beaucoup mieux que dehors, nous les couvrons et les bichonnons pour qu’ils soient beaux et propres, les isolons pour ne pas qu’ils se blessent, leur donnons des friandises, les submergeons de beaucoup d’affection… Mais est-ce que les chevaux apprécient vraiment tout ceci ? En sont-ils véritablement plus heureux ? Est-ce ce dont ils ont le plus besoin ?

 

Il peut être a priori difficile de savoir ce dont notre cheval a vraiment besoin. Pourtant, en jetant un œil à ce qui se passe dans la nature, à ce que les chevaux font lorsqu’ils ne vivent pas dans le contexte de la domestication, il est possible d’en apprendre énormément sur nos compagnons équins. A quoi ressemble donc le quotidien des chevaux en liberté ? Comment répartissent-ils leur budget de temps ? De quoi ont-ils réellement besoin ? C’est en fait assez simple… beaucoup plus simple que ce que nous croyons!

 

Dans la nature, les chevaux passent environ 60% de leur temps à se nourrir. Cela occupe la majeure partie de leur budget de temps et représente de 12 à 18 heures par jour, aussi bien le jour que la nuit. Cela varie en fonction des saisons, de la température, des insectes et d’autres facteurs, toutefois les chevaux passent rarement plus de 3 heures sans manger. Ce comportement alimentaire caractérisé par des repas très longs et une prise alimentaire continue est adapté à la structure et au fonctionnement de l’appareil digestif du cheval. Tout écart important peut avoir plusieurs conséquences comme un haut niveau de stress ou des troubles gastro-intestinaux (ulcères, coliques…). Le cheval n’est pas doté de mécanorécepteurs activés par la distension de l’estomac et signalant la satiété. Son besoin de se nourrir ou de mettre fin au repas n’a donc rien à voir avec la quantité de nourriture ingérée, mais bien avec la durée de la prise alimentaire, c’est pourquoi les chevaux ne sont pas conçus pour ingérer rapidement une grande quantité de nourriture comme les humains ou les chiens par exemple. Les herbivores sont fait pour avoir de la nourriture à leur disposition en abondance et manger tout le temps un petit peu, alors que les carnivores dépendent de la chasse et sont conçus pour engloutir un maximum de nourriture d’un coup sans savoir quand sera leur prochain repas. Ces derniers peuvent donc passer plusieurs heures voir même plusieurs jours à l’état sauvage sans manger, alors que cela n’est absolument pas naturel pour un cheval !

 

Les chevaux ont aussi besoin de liberté et d’espace pour bouger. Les garder enfermer dans un boxe ou pire dans une une stalle va totalement à l’encontre de leurs besoins innés. Ils ont comme nous besoin de leur liberté de mouvement pour pouvoir se gratter, se rouler, regarder autour d’eux, établir des contacts sociaux, marcher, etc. ce dont une vie attachée les prive et est source de frustration. Les chevaux ne sont pas des animaux territoriaux, dans la nature ils se déplacent constamment dans de vastes étendues pour trouver tout ce qui est nécessaire à leur bien-être : nourriture, eau potable, lieux de repos, aires de roulades et de grattage, etc. Ils peuvent parcourir une distance quotidienne plus ou moins grande, dépendant principalement de la disponibilité des ressources et de la distance entre leurs différentes destinations. Ainsi, les chevaux vivant dans des régions plus désertiques peuvent parcourir une trentaine de kilomètres par jour, et ceux vivant dans des endroits où la nourriture et l’eau sont abondantes ne parcourrons pas plus de 3 km par jour ! Dans des conditions normales, leur trajectoire compte entre 6 et 11km par jour. Nos chevaux, bien que domestiqués, n’en demeurent pas moins des chevaux, et conservent ce même besoin de bouger et de liberté que leurs cousins sauvages. Dans la nature, les chevaux se déplacent généralement au pas. Outre le pâturage, qui implique une lente avancée qui occupe environ 60% de leur journée (24hrs), presque tous les déplacements des chevaux en liberté s’effectuent à cette allure. Les allures rapides ne sont utilisées qu’à de brève occasion, en cas de conflit important ou de fuite. C’est un autre fait important à prendre en considération dans nos activités avec les chevaux. De la même façon, les reculades, écarts, volte-face, cabrades et agenouillements qui font partie du répertoire moteur du cheval ne se manifestent que lors d’interactions sociales, et les chevaux ne sautent par-dessus les obstacles que lorsqu’ils n’ont pas d’autres issues, ce n’est donc pas un mouvement qu’ils ont été conçus pour faire à répétition. Les chevaux étant des proies, ils préfèrent également passer leur temps dans des étendues dégagées où ils voient loin autour d’eux que dans la forêt par exemple. Cela diminue leur niveau de stress et d’insécurité.

 

Bien entendu, à l’état sauvage, les chevaux vivent dehors. Doit-on les prendre en pitié et se dire que nos chevaux domestiques, eux, auront la chance de passer leur vie à l’intérieur ? Il s’agit là d’une grossière erreur que malheureusement beaucoup de gens font. Les chevaux que nous connaissons aujourd’hui sont le résultat d’une longue évolution qui s’est déroulée sur plusieurs millions d’années, et pendant laquelle leur espèce s’est adaptée à vivre dans des conditions précises. Changer ces conditions du jour au lendemain peut occasionner de graves problèmes aux chevaux, car ils sont physiquement et mentalement faits pour vivre de cette façon. Le plus beau cadeau qu’on puisse faire à un cheval est, justement, de ne pas oublier que c’est un cheval ! Les chevaux craignent beaucoup plus la chaleur que le froid ! Ceux-ci disposent d’un merveilleux système de thermorégulation grâce à leur fourrure d’hiver, qu’aucune technologie humaine de saurait égaler. L’air frais de dehors est aussi nettement préférable pour les chevaux que l’air vicié chargé d’ammoniaque qui rempli les écuries. La chaleur et l’humidité sont aussi les ennemis du cheval en hiver, et les écarts de température lorsqu’il passe d’en dedans à dehors sont la recette idéale pour affaiblir son système immunitaire. Il n’y a donc aucun problème à laisser des chevaux dehors à l’année avec un abri adapté, ils n’en seront que plus heureux et en meilleure santé !

 

Un autre besoin fondamental de nos chevaux, qui vaut beaucoup plus pour lui que toutes les visites de son propriétaire, que tous les câlins et que toutes des gâteries du monde, cela au risque de vous décevoir… c’est son besoin social. Les chevaux sont des animaux grégaires, ils doivent vivre en groupe d’au moins deux individus. Dans la nature, un troupeau compte au maximum 20 chevaux, habituellement une dizaine. Garder un cheval sans congénère n’est pas respectueux du comportement de l’animal et est même interdit dans certains pays. Même s’il est possible de lui trouver un partenaire de substitution d’une autre espèce, les études ont démontré qu’un lien véritable ne se crée que dans de rares occasions, et que les comportements sociaux comme le toilettage mutuel ne sont pas observés. Cela ne peut donc être qu’une solution temporaire.

 

Les chevaux sont également des animaux hiérarchiques, chaque membre d’un groupe équilibré occupe une place définie par rapport aux autres, et les «petits rappels» se font généralement de façon pacifique. Les chevaux n’adoptent un comportement agressif que lorsque c’est vraiment nécessaire, toujours par souci d’économie de leur énergie. Le besoin hiérarchique du cheval (savoir quelle place il occupe dans le troupeau) est très important pour lui, car il est convaincu que sa survie en dépend. Aussi, les chevaux en liberté ne penseront pas à combler leurs autres besoins (manger, boire, etc.) tant que la hiérarchie ne sera pas établie entre les membres du groupe. Il en va de même avec sa relation avec l’humain. Le cheval a besoin de savoir en tout temps qui prendra les décisions s’il arrive quelque chose. Il a beaucoup plus besoin que nous établissions une relation claire avec lui, dans laquelle il sait la place qu’il occupe, que toutes les friandises ou les câlins que nous pouvons lui prodiguer !

 

Les chevaux (proies) ont un rythme de vie beaucoup plus lent que le nôtre (prédateurs), ce qui peut parfois être une cause de frustration pour l’humain. Ils ont besoin de prendre leur temps, d’analyser une situation, un endroit, une demande avant d’agir, cela dans un but de se rassurer ou de détecter un danger éventuel. Ce sont des insécures de nature ! Ils ne pensent pas comme nous et il faut constamment garder cela à l’esprit dans nos rapports avec eux, sous peine que ceux-ci deviennent conflictuels. Les chevaux sont portés à économiser leur énergie par nature, ils ne cherchent pas à nous faire plaisir comme peuvent le faire les chiens et analysent parfois longuement avant de décider de faire quelque chose, qu’ils ne feront que s’ils y voient une logique. Les problèmes que nous rencontrons avec les chevaux sont souvent dû à notre ignorance ou au fait que nous les traitons comme des humains ou des chiens, alors qu’ils ont des besoins complètement différents. Donner aux chevaux des carottes et des bonbons aux pommes, les brosser pendant des heures, les caresser, les étreindre, leur donner de petites tapes d’affections ou des bisous, leur tresser la crinière, les garder propres au moyen de couvertures ou de bandages, les garder dans de beaux boxes à l’intérieur, leur acheter de beaux licous neufs…. ce sont des besoins humains. Être dehors, en liberté, avec des congénères, avoir de la nourriture et de l’eau à sa disposition en tout temps, pouvoir bouger à sa guise… sont les besoins du cheval. Savoir reconnaître ces besoins et adapter les conditions de vie que nous offrons à nos chevaux en fonction d’eux, et non pas en fonction de nos croyances ou de nos propres besoins, est ce que nous pouvons faire de mieux pour nos chevaux. Après tout, si nous les aimons réellement, la meilleure façon de le leur témoigner est de respecter qui ils sont.