RELATIONNEL vs CONDITIONNÉ

Il m’arrive souvent, lorsque les gens me demandent de venir voir leur cheval, de constater qu’en fait le problème ne vient pas du cheval comme tel, mais de la relation que le propriétaire entretient avec lui.

 

Il y a différentes opinions sur ce que devrait être la relation idéale à avoir avec son cheval. Mais peu importe celle qu’on choisi, il y a selon moi deux points importants à vérifier pour voir si la relation humain-cheval est saine. Premièrement, le cheval est-il bien? Est-il stressé ou est-il détendu ? A-t-il des problèmes de comportement, stéréotypies, ou autre indice qui sous-entend un mal-être de sa part? Se montre-t-il agréable et équilibré au sol, en selle, en liberté, dans son troupeau… ? Et deuxièmement, la relation est-elle sécuritaire? Occasionne-t-elle des comportements chez le cheval qui pourraient représenter un danger ? Le cheval est-il peureux, a-t-il confiance en son propriétaire ? Le cheval est-il respectueux avec l’humain ? Le considère-t-il comme étant important, lui accorde-t-il de l’estime ou bien il s’en souci peu?

 

Ce sont des questions qu’il est important de se poser avant d’entreprendre quoi que ce soit, et que je pose immanquablement à mes clients lorsque je vais évaluer leur cheval. Parfois, mes clients sont surpris de constater que leur cheval était impolis avec eux sans même qu’ils ne le sachent, qu’un comportement qu’ils croyaient inoffensif s’avère la cause de leurs problèmes, et qu’ils envoyaient de mauvaises informations au cheval sans le vouloir.

 

Dans un troupeau de chevaux stables, il y a présence d’une hiérarchie définie. Une façon simple de reconnaître qui est plus élevé qu’un autre dans la hiérarchie consiste à regarder quel cheval déplace qui. Il peut bien entendu y avoir d’autres éléments à considérer, mais de façon générale, entre chevaux équilibrés, lorsqu’un cheval arrive calmement et que sa simple présence suffit à écarter les autres de son passage, on a affaire à un dirigeant.

 

Il est possible d’appliquer ce principe avec nos chevaux, et c’est l’une des choses que je vérifie lorsque je vais travailler un cheval. Comment réagit-il si je lui demande de se déplacer ? Part-il en courant à l’autre bout de l’enclos ? Se montre-t-il agressif (oreilles couchées, ruades, charge…) ? S’encre-t-il les 4 pattes dans le sol avec la ferme intention de ne pas bouger d’un poil ? Cède-t-il sa place sans problème en avançant calmement de quelques pas ? Les réactions du cheval à cette simple demande m’en disent déjà long sur lui et sur la relation qu’il entretient avec les humains.

 

Évidemment, le cheval sait très bien que nous ne sommes pas un cheval. Mais il est tout à fait possible d’utiliser son langage pour communiquer avec lui et établir une relation semblable à celle qu’il entretient avec d’autres chevaux. Il faut évidemment envoyer correctement le message et pouvoir bien interpréter la réponse du cheval. Il arrive que les gens me disent «Aucun problème, mon cheval me respecte, lorsque je le lui demande, il part au pas, au trot ou au galop!» Il est important de savoir faire la différence entre relation et conditionnement.

Lorsque j’évalue un cheval, je regarde les informations qu’il m’envoie par ses comportements. Cependant, il arrive que ces informations soient biaisées, que ses comportements naturels se camouflent sous des comportements qui lui ont été appris. Il m’est possible de voir si le comportement du cheval est conditionné et automatisé, ou s’il est naturel, vrai et instinctif afin de voir si les comportements sont représentatifs de l’état intérieur du cheval. Par exemple, un cheval peut sembler respectueux et suivre docilement son propriétaire en laisse sans le bousculer et en restant à une distance convenable, mais se montrer impolis dans d’autres circonstances. Cela révèle que le cheval a «appris» à marcher d’une certaine façon en laisse (soit par la récompense ou la punition), mais qu’il ne respecte pas celui qui le promène pour autant !

 

Même chose lorsque les gens font reculer leur cheval. S’il avance trop sur eux, la plupart des gens vont appuyer sur son poitrail pour le faire reculer. Il s’agit là de conditionnement, et non de politesse. Le cheval n’a pas compris que vous n’acceptiez pas qu’il entre autant dans votre espace et que c’est pour cette raison que vous le faisiez reculer. Tout ce qu’il a fait c’est exécuter une manœuvre qu’il avait appris par coeur, de répondre automatiquement à un commandement donné. Il recommencera à avancer sur vous et vous devrez répéter encore et encore, voir vous fâcher.

 

Si je veux qu’un cheval se déplace, qu’il me cède de l’espace par politesse pour instaurer une notion de respect entre lui et moi, je ne dois pas avoir recours au conditionnement, à des commandements qu’il a appris, mais bien à la communication avec le seul langage qu’il connaît, le siens, c’est-à-dire le langage gestuel et postural. Un cheval dont la relation est clairement définie avec un humain marchera naturellement derrière lui à une bonne distance, sans jamais chercher à le dépasser, à aller dans une autre direction, à brouter par terre ou à bousculer, et ce sans qu’on ait besoin de le lui apprendre.

 

Je n’apprends presque rien aux chevaux, je communique avec eux, et une fois la relation humain-cheval clairement établie, tous ses «mauvais» comportements disparaissent comme par magie, sans que je n’ai jamais eu besoin de les travailler. Un cheval qui respecte l’humain se déplacera tout naturellement pour nous céder la place si on a besoin de passer, comme il le ferait avec un congénère dirigeant, sans qu’on ait besoin de le lui demander ou de le lui enseigner à l’aide d’un renforcement quelconque. Tous les chevaux savent déjà avancer, se tasser, reculer… ils le font entre eux, ils peuvent le faire avec nous ! Si je demande au cheval de se déplacer à l’aide de mots comme «recules», «le pas», «trotte» ou «galop», il ne se déplace pas par respect pour moi et parce qu’il accepte de me céder sa place, mais parce qu’il a appris à répondre à un commandement donné, indépendamment de notre relation. C’est là toute la différence !

Certains chevaux savent faire tous les tours imaginables, sont des champions ultra entraînés qui connaissaient toutes les manœuvres possibles… mais ils sont incroyablement irrespectueux, parfois agressifs, ont pleins de tics ou autres problèmes de comportement… On pense que si un cheval est obéissant et entraîné, il sera gentil et respectueux au quotidien… je vous garanti que c’est faux. On est surpris lorsqu’on se retrouve dans les coulisses du spectacle!

L’apprentissage et le conditionnement ne font pas la relation et l’équilibre mental d’un cheval, ce sont des choses bien distinctes. Au même titre qu’un enfant peut être le premier de sa classe et avoir des problèmes de comportement à la maison, on peut avoir un cheval très bien conditionné mais qui devient un monstre au sol dès qu’il se retrouve en liberté ou en dehors de son contexte de travail. Ce n’est pas parce qu’il est capable d’apprendre plein de choses qu’il est pour autant heureux et bien dans sa tête. Et je constate même que c’est souvent le contraire! Les chevaux qui sont les plus «humanisés», les plus entraînés, conditionnés, robotisés… ont souvent plus de problèmes que les autres (stress, agressivité, manque de respect au sol, etc.) et ne se comportent pas comme des chevaux normaux.

 

Un autre avantage d’établir une relation saine avec un cheval, c’est que contrairement au conditionnement, une relation ne fait pas appel à la mémoire rationnelle, mais à la mémoire émotive. Ce qui fait qu’elle est inscrite de façon beaucoup plus profonde dans le cheval que le conditionnement qui est appris «par cœur». Un lien tissé correctement avec un cheval restera valable même dans les situations où le cerveau est incapable de se souvenir ou d’apprendre, par exemple lorsque le cheval est très stressé, qu’il a peur, qu’il a mal, etc. On peut apprendre à notre cheval une foule de choses, mais la relation ça ne s’apprend pas, ça se développe.

 

 

Claudia Parent,

Intervenante en comportement équin

www.therapie-animale.com