Les chevaux font-ils SEMBLANT?

Elle est courante, dans le monde des chevaux, l’idée selon laquelle le propriétaire doit «gagner» sur son cheval. On nous dit souvent «ton cheval te niaise», «il s’essai», «il fait semblant d’avoir peur»…etc… Avons-nous raison de penser cela?

Tout d’abord, le cheval ne pense pas comme nous. Dans la grande majorité des cas, lorsqu’on compare le cheval à l’humain, on se trompe. Le fait d’affirmer que notre cheval «fait semblant» (d’avoir peur, de ne pas savoir faire quelque chose, etc.) impliquerait que celui-ci agirait intentionnellement dans le but de déplaire, de faire fâcher son cavalier, voire même qu’il éprouverait une certaine satisfaction à lui désobéir. Inconsciemment, cela place le cavalier dans une constante situation de rivalité avec son cheval. Il croit qu’il «doit» gagner, comme s’il était en perpétuel combat contre un adversaire qui lui devrait obéissance. Cette façon de penser nous pousse souvent à avoir des comportements injustes envers nos chevaux, alors qu’elle est absolument infondée…

En réalité, les chevaux ont beaucoup mieux à faire que d’essayer constamment de nous mettre au défit !!! Ce n’est pas parce que nous ne comprenons pas un comportement ou une réaction donnée qu’elle n’a pas de cause véritable, autre que la mauvaise volonté du cheval ! Les chevaux sont des animaux par nature craintifs et inquiets, cela est inscrit dans leurs gènes et une question de survie pour eux. Aussi, même si cela nous est incompréhensible, un cheval peut avoir peur d’un objet, d’un lieu, d’une personne ou d’une situation même si ce n’est pas la première fois qu’il y est exposé. Cessez de prêter toutes sortes de mauvaises intentions à votre cheval et essayer d’être compréhensifs envers l’animal de proie qu’il est.

Hors du contexte de peur, si votre cheval refuse de faire quelque chose, c’est beaucoup plus souvent parce qu’il ne sait pas, qu’il ne peut pas ou qu’il ne comprend pas, que parce qu’il ne veut pas. Il est absolument injustifié de faire preuve de rudesse dans de telles circonstances, essayez plutôt de comprendre la raison de son comportement. Nous avons si souvent tendance à penser automatiquement que les comportements de nos chevaux n’ont pas de cause précise, qu’ils sont imprévisibles ou bien lâches, qu’ils nous mettent à l’épreuve simplement parce que pour nous leur comportement n’est pas logique.

Laissez le cheval se rassurer et évaluer ce qu’il considère comme un danger potentiel sans le pousser ou vous impatienter. Cela fait partie de sa nature, et il vous faut accepter son insécurité au même titre que vous acceptez qu’il ait quatre pattes, une queue et deux oreilles !

Lorsqu’un cheval ne répond pas adéquatement à votre demande, vérifiez si votre message a bien été compris, si le cheval est physiquement et mentalement en mesure de faire ce que vous lui demandez, et s’il sait réellement ce que vous attendez de lui, au lieu de sauter immédiatement à la conclusion qu’il le fait exprès et vous confronte.

Vous ne perdez absolument rien à vous reprendre plusieurs fois, à y aller plus progressivement ou encore à interrompre l’exercice si vous sentez que votre cheval devient stressé ou que vous allez perdre patience. Ne craignez pas, il ne se réjouira pas à vos dépends en se disant que c’est lui qui a «gagné» ! Il n’y a que les humains pour penser comme ça… Au contraire, vous gagnerez en estime à ses yeux car vous ne vous serez pas montré injuste avec lui et n’aurez pas perdu votre sang froid. Recommencez simplement un autre jour en y allant plus graduellement, ou en procédant d’une autre façon. Ne voyez pas cela comme un échec et questionnez-vous au lieu de remettre la faute sur le cheval.

Il y a toujours une raison derrière le comportement de nos chevaux. Penser qu’il n’y en a pas, simplement parce que nous ne sommes pas capable de la trouver, est simpliste et lâche de notre part, et c’est le cheval qui en paie le prix.

Ce qui est le plus important, ce n’est pas que vous «gagniez» en refusant obstinément de lâcher prise dans une situation peu importe la réaction de votre cheval. L’important, c’est que l’activité se passe bien. Votre cheval se soucis peu de savoir si c’est lui ou vous qui avez «gagné». D’ailleurs, un cheval paniqué n’apprend absolument rien ! Il n’est pas en état de réfléchir, de communiquer, et encore moins d’apprendre lorsqu’il éprouve de la douleur, du stress ou de la peur. Ce dont il se souviendra par contre, c’est si l’activité ou la situation a été agréable ou non pour lui. Alors vaut mieux mettre fin à une situation susceptible de devenir désagréable, quitte à y revenir plus tard, plus graduellement, que de la maintenir juste pour ne pas laisser «gagner» le cheval.

 

 

Par exemple, si un cheval a peur d’entrer dans la remorque ou de traverser un ruisseau, et que vous l’y forcez par tous les moyens. Au bout d’une lutte de force avec le cheval apeuré, il cède enfin. La prochaine fois que la situation va se représenter, le cheval va-t-il se souvenir que vous avez «gagné» la dernière fois et que vous avez réussi à le faire obéir ? Non, il va se souvenir combien il avait eu peur et que l’expérience avait été désagréable. Va-t-il avoir plus envie d’entrer dans la remorque ou de traverser le ruisseau??? Bien sur que non !!! Selon son tempérament, il se peut qu’il finisse par y entrer par peur ou par résignation, ou au contraire qu’il développe une véritable phobie, mais cela ne sera jamais une expérience positive pour lui.

Votre cheval est sensé être un partenaire, et non un adversaire. L’idée selon laquelle il vous défie en permanence et que vous devez avoir le dessus sur lui est absurde et révolue. Elle ne permet pas de bâtir une relation harmonieuse entre l’humain et le cheval. Celle-ci devrait être basée sur la compréhension, non pas sur la confrontation. Le cheval doit choisir de vous voir comme l’individu responsable de prendre les décisions, de diriger les activités et d’assurer sa sécurité quand il est avec vous, et ce n’est pas par la force que vous y arriverez. Vous devez lui montrer que vous avez les compétences pour le faire. Être un bon leader ça ne s’impose pas, ça se mérite.

 

 

Claudia Parent,

Intervenante en comportement équin

www.therapie-animale.com